Atelier 5 - La Césure dans les haïkus

Définition

Ce qu’on appelle césure (kireji, en japonais) est cette petite barre à la fin de la première ou la deuxième ligne. La césure peut être également  un « mot de coupure », par exemple, « et ». La césure et/ou le mot de coupure ont le rôle d’introduire une pause, une respiration dans le texte.  "C’est un temps long dans un court métrage", comme le disait quelqu’un à ce sujet.

 

Cas de figure

 

1) La césure marquée par la petite barre

 

a) Après la première ligne

C’est la plus courante. Ce type de césure nous aide à configurer notre scène, à donner le ton pour notre haïku, en un mot, à planter le décor.

 

Exemple 1 (haïku du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

Premier jour de l’An –

les pleurs d’un bébé arrivent

de la rue déserte

 

Le rôle de la césure ici c’est de relier deux images en opposition (le silence du premier jour de l’An et le bruit des pleurs du bébé).

 

Avec une césure sur la première ligne nous pouvons associer plein d’images ; qu’elles soient en opposition, reliées entre elles ou encore en comparaison.

 

Exemple 2 (haïku du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

Couchant rouge –

ah, la tâche de couleur

des grues du Japon

 

Dans le cas de ce haïku, la césure prend toute son importance en tant qu’élément de coupure. Bien marquée par la petite barre, cette césure est plus qu’une respiration ; elle a le rôle d’associer des images, en apparence, différentes. Et les trois catégories d’images sont associées ici : la comparaison, les images reliées et l’opposition.

 

b) Après la deuxième ligne 

 

Exemple 1 (haïkus du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

La pluie s’abat

sur le toit du temple Zentsuji –

nuit couleur de lune

 

Derrière le rideau

la belle enlève sa blouse –

reflet de miroir

 

Les feuilles frémissent

au moindre de ses mouvements –

kimono d’automne

 

Avec cette césure, nous apportons des explications, des éclaircissements par rapport aux images contenues dans ces haïkus. Sans oublier l’effet de surprise pour le troisième.

 

Exemple 2 (haïkus du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

Un peu de neige

dans les sillons des champs –

le Mont Fuji au loin

 

J’ouvre le matin

la porte en papier de riz –

la brume dans les arbres

 

Cette césure, quant à elle, associe le très proche avec le lointain, donnant une impression de vaste horizon et en incitant à la méditation. Les images du premier haïku sont des images en comparaison, tandis que pour le deuxième haïku, ce sont des images reliées.

 

2) La césure non marquée ; ni par une petite barre ni par un mot de liaison

 

Exemples (haïkus du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

Tempête de neige

un lampion en papier éclaire

les pieds d’un passant

 

Ciel bleu

elle fait un bout de chemin

avec le soleil

 

Printemps naissant

des lampions s’allument parmi

les bourgeons des saules

 

Le fait de ne pas marquer la césure, rapproche encore plus l’image de la première ligne avec les deux autres. Le lecteur comprend qu’il y a un lien direct entre les images.

 

3) Le mot de coupure, le mot de liaison; dans les exemples ci-après, "et"

 

Exemples (haïkus du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen):

 

Quelques pas de côté et

l’arbre perd ses fleurs de nuages

 

Sept ballons reflétés :

six au bout de leurs fils et

une lune pleine

 

Quelques exercices (le premier et le dernier haïku font partie du recueil "Le livre zen des saison" - I. Huppen)

 

Coups de tonnerre

et feux d’artifice –

été à la campagne

 

ou

 

Coups de tonnerre et

feux d’artifice

été à la campagne

 

 

Pluie de pétales –

de l’acacia sur la table

 

ou

 

Pluie de pétales

de l’acacia sur la table

 

 

Profusion –

dans le cerisier en fleur

un paon blanc

 

ou

 

Profusion

dans le cerisier en fleur

un paon blanc

 

 

Samedi de Pâques –

un parfum de tulipes blanches

flotte dan le salon

 

ou

 

Samedi de Pâques

un parfum de tulipes blanches

flotte dan le salon

 

Conclusions

Dans les haïkus, cette coupure a le mérite de « servir » le sens que nous avons voulu donner, la césure mettant en lumière les nuances contenues dans nos textes.

La césure fait appel au feeling de chaque auteur. Donc, le côté subjectif est à prendre en compte lorsqu’on parle de césure. Quelle soit marquée, non marquée ou représentée par un mot de liaison, la césure doit avant tout faciliter la lecture d’un texte et la compréhension immédiate de l’image contenue.

 

Iocasta Huppen

Kukaï 14, Mars 2018

Atelier 4 - Les Temps dans les haïkus et les tercets

La plupart d’entre nous, lorsque nous parlons des haïkus, nous mettons, à tort, dans cette catégorie, les senryus et les tercets. Or, ce sont justement ces différentes formes qui donnent le feu vert pour l’utilisation d’autres temps que le temps présent.

La règle de rédaction des haïkus spécifie qu’il faut employer le temps présent, vu que le haïku, dans sa forme classique, saisit des instants présents et fugaces.

Dans la pratique, en fonction des différentes FORMES et CATEGORIES de POEMES COURTS, j’ai répertorié les cas de figure suivants qui demandent un autre temps que le temps présent. Les textes sont mes propres textes. 

 

1) Les EVOCATIONS HISTORIQUES

 

Ce matin-là

Ils allaient encore à la pêche

Ils se mariaient

(Iocasta Huppen, Collectif « Trente haïjins contre le nucléaire », Editions Pippa, 2015)

 

J’ai utilisé un temps passé (l’imparfait) pour accentuer l’absurdité d’une situation. Avec ce haïku, j’ai voulu dénoncer l’agissement criminel des autorités communistes de l’époque en Union Soviétique, en choisissant de ne pas informer la population de la ville de Pripiat (ville à proximité de la centrale de Tchernobyl) par rapport à la dangerosité des radiations.

 

2) Les SENRYUS

 

Mon jardin n’est plus

l’enfant que j’étais le cherche

sur un parking

 

Une autre forme de dénonciation, doublée d’une dimension nostalgique.

Haïku (plutôt senryu): l’enfant qui est en chacun d’entre nous, souligne l’insupportable d’une situation afin de la vivre avec plus de facilité.

 

3) Les PROJECTIONS PERSONNELLES (parce que nous ne sommes pas des Japonais)

 

Fauteuil à bascule

là où hier je l’allaitais

reposent ses poupées

 

La notion du temps qui passe, avec tout ce que cela comprend de nostalgie.

 

Idem pour ce texte-ci :

 

Dernier soir –

que deviendra

notre cabane

 

La nostalgie de la fin de l’été et une projection dans le temps.

 

4) Les CLINS D’ŒIL

 

Et puis un jour

le ginkgo offrit tout son or –

riche d’une année

 

La construction de ce haïku rappelle un conte, une histoire.

 

Nuit sans lune –

mon garçon a marché

sur le hérisson

 

Fontaine de jardin –

nous avons rencontré

des oiseaux heureux

 

En dehors des deux clins d’œil (l’homme a marché sur la Lune et le film « J’ai même rencontré des tziganes heureux » de Aleksandar Petrovic) le temps passé employé ici incite à la réflexion, surtout pour le deuxième texte.

 

5) Les « ESQUIVES »

 

Reflet –

les mats des bateaux

harponneraient les poissons

 

Le bon angle –

l’avion est rentré

dans le nid des pies

 

Pays d’origine –

comme si l’odeur des feuilles brûlées

était différente

 

Avec ces trois textes, en employant d’autres temps que le présent, les choses qu’il ne faut pas faire dans un haïku ont été évitées. A savoir : le côté péremptoire, le côté vérité absolue (la forme aphorisme) et le côté (trop) poétique.

 

6) Les TERCETS

 

Ma règle perso : lorsque j’évoque les sentiments amoureux, je parle de tercets. Et je me débrouille souvent à employer des mots de saison dans mes tercets.

 

Dans quelques jours

les récoltes seront rentrées –

tu me rejoindras

 

Encore une fois, dans le cas des tercets, la liberté est plus grande concernant l’emploi des temps.

 

Lune au périgée * –

nous deux, le fûmes-nous au plus près

ce jour de novembre

 

* Distance minimale entre deux astres. Le 14 nov. ’16, la lune fut extrêmement proche de la Terre.

 

Iocasta Huppen,

Kukaï 13, Décembre 2017


 

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Atelier 3 - Haïku 3 ou 2 lignes ?

1) Mon AVIS / Mon RESSENTI

 

a) la pratique des 3 lignes est extrêmement courante dans les haïkus ; c’est un exercice connu ; quasi tout le monde identifie le haïku à la forme sur 3 lignes;

 

b) les débutants devraient apprendre à aller à l’essentiel avec 3 lignes ; les 2 lignes ne peuvent qu’être plus facilement comprises par après;

 

c) les 2 lignes rejoignent l’idée des haïkus minimalistes et dans cet ordre d’idées, les 2 lignes ne doivent pas être trop longues ; on ne doit pas avoir l’impression que la deuxième ligne a servi de collage de deux lignes;

 

d) lorsqu’un haïku a été écrit en 2 lignes, le laisser tel quel ; pareil pour les 3 lignes ; pour moi, un texte bien écrit ne change pas de nombre de lignes;

 

e) j’essaie d’écrire mes 2 lignes en respectant les mêmes règles que pour les 3 lignes, à savoir : le nombre de syllabes (surtout pas trop long) / un mot de saison, de préférence / éviter la phrase repliée / pas de sentence (vérité absolue) / la césure, marquée ou pas / les jeux de mots (le haïku francophone les affectionnent tout particulièrement) / la comparaison, suggérée

 

Pour donner un exemple, je suis partie de ce haïku d'Alain Henry qu'il a bien voulu me "prêter":

 

« Des fleurs, des oiseaux

sur papier

comme un rêve doré »

(Alain Henry)

 

Ma proposition :

Des fleurs, des oiseaux

un rêve doré sur papier

 

f) Pour moi, une 2 lignes n’est tout autre qu’une 3 lignes en petit format.

 

2) BREVE ANALYSE (à partir de mes propres textes)

Quelques éléments dont il faut tenir compte dans la rédaction des 2 lignes :

 

a) La répercussion des images (l’image de la première ligne a un lien direct avec l’image de la deuxième ligne)

 

Il pleut à verse

une barque glisse plus vite

 

Lune pleine cette nuit –

j’éteins la lampe

 

b) L’humour

 

Bonne action –

un escargot mis à l’abri

 

c) L’effet de surprise

 

Les flocons fondent sur le lac

ma nuit est blanche

 

Toit de la source

la belle et une lanterne orange

 

d) L’association d’images (le chaud et le froid / la douceur et la dureté, etc. ; les images associées offrent une occasion de réflexion)

 

L’heure de la première étoile –

ils se prennent la main

 

Bain fumant

la pluie tombe sans arrêt

 

Jardin sec –

le vent amène des pétales

 

e) L’esprit de concision

 

1er Septembre -

A tout à l'heure, maman !

 

3) La PREUVE par la PRATIQUE du choix entre 2 ou 3 lignes

 

Une feuille au vent

il esquisse un sourire –

matin d’automne

(NON)

 

Une feuille au vent –

il esquisse un sourire

(OUI)

 

Midi

bien après son ombre l’oiseau

(NON)

 

Midi

bien après son ombre

l’oiseau

(OUI)

 

4) CONCLUSIONS

 

- faire attention, un minimum, au nombre de syllabes;

- la musicalité et l’équilibre des lignes;

- éviter la redondance;

- 2 ou 3 lignes, les mêmes règles à respecter;

- se faire confiance dans l’écriture.

 

Iocasta Huppen,

Kukaï 12, Septembre 2017

 


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Atelier 2 - La Ponctuation et la Majuscule

1) La REGLE

 

- utiliser le stricte nécessaire de ponctuations;

- mettre en majuscule le premier mot de chaque ligne (à la façon japonaise) ou utiliser que des minuscules;

- la forme classique : majuscule sur la première ligne et le reste en minuscules

 

2) CAS de FIGURE demandant la majuscule

 

- 1 Mai

- Nouvel An

- Fête des mères

- noms des villes, des pays

- noms des constellations

- noms d’endroits publics

- noms de personnes

 

3) EXEMPLES (à partir de mes propres textes)

 

Nuit du huitième mois

je trouve la Grande Ourse et le Serpent

mon gamin, Cassiopée

(Iocasta Huppen, Le Livre Zen des Saisons, L'Harmattan, 2017)

 

Pluie – accalmie – pluie

le soleil couchant réchauffe

le bas de ses reins

 

Lac de montagne –

voir jusqu’où je peux aller :

hanches, taille, seins…

 

Le bruit de l’eau

entendez-vous le bruit de l’eau ?

écoutez, écoutez…

 

Cantiques de Noël

oh, joie !

 

Tenez-vous la main

dit Mme Pascale aux enfants –

Attention au poteau !

 

Sous le ciel de pluie

deux pommes tombent de l’arbre

bomp ! bomp !

(Iocasta Huppen, Le Livre Zen des Saisons, L'Harmattan, 2017)

 

Iocasta Huppen,

Kukaï 11, Eté 2017

 


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Atelier 1 - Les Images dans les haïkus

 

1) La REGLE

 

Avoir 3 images maximum:

 

 - 2 images mises en COMPARAISON par une troisième, ou

- 2 images RELIEES par une troisième, ou

- 2 images en OPPOSITION avec une troisième

 

 

2) EXEMPLES (à partir de mes propres textes)

 

Images mises en COMPARAISON (C):

 

Je veux vivre avec toi –

des nuages s’accrochent

dans les herbes hautes

 

Images RELIEES (R):

 

Journées ensoleillée –

elle remet de l’eau

aux fleurs coupées

 

Images en OPPOSITION (O):

 

Bientôt le printemps –

une grosse araignée

rentre dans la maison

 

 

3) EXERCICES

 

Répartissez les haïkus suivants par catégorie:

 

Retrouvailles –

plus que sa canne

le sourire de papa

(R)

 

A la fenêtre

un bouquet de jonquilles –

il pleut doucement

(0)

 

Dépôt de lingots –

le gardien est au plus près

de son rêve de trésors

(R)

 

Nous vivons chacun

dans le rêve de l’autre –

les rêves sont fragiles

(C,R,O)

 

Iocasta Huppen,

Kukaï 10, Printemps 2017